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L’après Covid-19 : vers une crise sociale ?


Les démissions en cascade du personnel soignant pourraient mettre en péril notre système de santé


Le 29 avril dernier, Emmanuel Macron a annoncé le calendrier de déconfinement.

A l’heure où les Français s’apprêtent à renouer avec leur vie d’avant, il est temps de s’interroger sur les leçons tirées de l’épidémie. Stress, surcharge de travail, manque d’effectifs et d’équipement, la crise sanitaire a dévasté un hôpital déjà fragile. De nombreux professionnels, dans un état de découragement avancé, sont aujourd’hui prêts à changer de métier.

Allons-nous vivre une crise sociale après la décrue des services de réanimation ?

Du choc de la première vague à la mutation des relations patients-soignants, vous découvrirez, dans cet article, comment la pandémie de Coronavirus a impacté la santé physique et mentale des spécialistes de santé.



Le choc de l’épidémie de Coronavirus


Mars 2020. Nous sommes en pleine première vague du Covid-19. Le monde entier découvre un peu plus chaque jour le virus. Fuite de laboratoire, chauve-souris, pangolins… les origines de la pandémie mondiale restent floues mais ses conséquences sont bien réelles. Le personnel soignant, en première ligne de cette bataille, se heurte à de nouveaux comportements : menaces, mises à distance, agressions verbales et physiques, vols…


Les soignants face aux incivilités


12% des infirmiers interrogés indiquent qu’eux ou leurs proches ont subi des « pressions, menaces ou injures en rapport avec leur profession ».


Des photos de messages malveillants adressés aux soignants par des voisins hostiles envahissent les réseaux sociaux. Des patients demandent à leur infirmier libéral de ne plus les visiter par peur d’être contaminés. Des conjoints de soignants témoignent d’une sensation de mise à l’écart et d’une stratégie d’évitement de la part de certaines personnes.


40% des infirmiers se sentent visés par une certaine méfiance, liée à leur profession, émanant de leur patient ou de leur voisinage.


Les professionnels de santé victimes de vols


Les vols de masques et de gel hydro-alcoolique se multiplient. 6% des professionnels déclarent en avoir déjà été victimes. Les personnels itinérants enlèvent le Caducée de leur voiture et les sédentaires cachent le matériel dans leur cabinet.


La France est choquée. Le personnel soignant est malmené : heures de travail supplémentaires, manque de matériel, de médicaments, brutalité des symptômes, bilan des décès beaucoup trop lourd… À l’exténuation physique se mêle l’épuisement moral.


Comment la pandémie a-t-elle chamboulé la relation patient - soignant ?


Humilité et impuissance : les sentiments des professionnels face au Coronavirus


Le manque de connaissances sur le virus au début de l’épidémie a modifié les rapports entre les équipes médicales et les malades. Les deux parties, ayant le même niveau d’information, se retrouvaient sur un pied d’égalité.


Les transferts de patients Covid provenant de régions où les hôpitaux étaient saturés ont également été des moments difficiles pour les soignants. Ils ont dû expliquer et rassurer des malades arrivés inconscients se réveillant dans un endroit inconnu sans leur famille. Les infirmiers se sont sentis démunis et impuissants face à ces personnes déboussolées.


Covid-19 : des spécialistes de plus en plus polyvalents


Les patients Covid étant isolés, le personnel de santé est devenu leur unique lien avec le monde extérieur. Cette situation inédite a eu un impact direct sur leur travail puisque les soignants se sont substitués aux proches des malades. Assurant tour à tour le rôle de l’épouse ou de la fille, les infirmières ont pris plus de temps pour échanger en dépit de l’accroissement de la charge de travail. La pandémie a profondément modifié le visage du monde hospitalier.


Gestes barrières : des mesures irréalistes pour les soignants


Le renforcement des procédures d’hygiène et de distanciation sociale est difficile à vivre pour les patients. Le port du masque et des gants rend les visites à domicile des infirmiers libéraux moins conviviales. Dans les EHPAD, il est quasiment impossible de faire respecter la distanciation sociale : les personnes âgées ont besoin de contacts physiques. Quant au masque, il est fréquemment arraché par les résidents qui ont besoin de reconnaître leurs interlocuteurs. Il est également demandé aux soignants d’exagérer les expressions de leur visage pour compenser le port de celui-ci.





Les conséquences délétères du Covid-19 sur les équipes médicales


Les soignants subissent une insécurité réglementaire accrue depuis le début de la pandémie


Lors de la première vague, de nombreux infirmiers ont du quitter leur poste habituel pour renforcer les équipes en réanimation. Ils ont dû assumer les missions inhérentes à ce service du jour au lendemain sans aucune formation.


30% des infirmiers exercent des tâches qui sortent de leur champ de compétences réglementaire pour faire face à un surcroît d’activité lié au Covid.


De plus, face à l’augmentation de la charge de travail, 20% des infirmiers ont observé qu’il a été demandé à leurs collègues de venir travailler bien que positifs au Covid. Ce chiffre est de 27% en établissement.


Coronavirus : explosion de la charge de travail des équipes soignantes


Avant mars 2020, les soignants avaient déjà alerté les pouvoirs publics du manque d’effectifs.

La crise sanitaire a profondément empiré la situation avec une réorganisation en urgence des services et de nouvelles tâches à effectuer.


59% des infirmiers disent avoir vu leur charge de travail augmenter depuis le début de la crise.


Habituellement, un infirmier gère entre six et quinze patients. En secteur Covid, chaque professionnel s’occupe de quatre à cinq personnes contaminées. Le temps en sus est dédié au relationnel avec le malade. Mais la charge de travail étant plus élevée qu’avant, le soignant pense à toutes les tâches qui l’attendent tout en apaisant le patient. Cela créé du stress et de la frustration chez les spécialistes de santé qui ne peuvent pas se consacrer 100% à ceux qu’ils ont en charge.


57% des infirmiers estiment ne pas disposer du temps nécessaire pour prendre en charge les patients.


La limitation des visites dans les établissements de santé a également eu de fortes répercussions sur la charge de travail des équipes soignantes. Dans les EHPAD, par exemple, les aide-soignants ont dû organiser eux-mêmes les ateliers. Les animateurs extérieurs ne pouvaient plus intervenir.


2/3 des infirmiers déclarent que leurs conditions de travail se sont détériorées depuis le début de la pandémie.





Covid-19 : l’éternel manque d’équipement des soignants


À la charge de travail, se sont ajoutées les carences en matériel de protection. La peur du virus a généré, en début de crise, une atmosphère de panique et d’angoisse. Ce stress s’est transmis au patient.


Lors de la première vague de coronavirus, 75% des infirmiers déclaraient ne pas disposer d’équipements en quantités suffisantes :


* 78% manquaient de masques

* 83% manquaient de surblouses

* 50% manquaient de gel hydro-alcoolique


En octobre 2020, 44% des infirmiers hospitaliers et 68% des libéraux souffraient toujours de la pénurie d’équipements de protection. Pour y faire face, certains déclaraient utiliser du matériel périmé ou garder les équipements plus longtemps que ce qu’ils devaient. Au lieu de se changer entre chaque chambre, comme l’exigent les règles d’hygiène, certains professionnels font le tour des patients avec la même tenue, favorisant ainsi les risques de contamination croisée.


Epidémie de Covid-19 : de l’épuisement à la démission des infirmiers


L’accumulation des pressions exercées sur les équipes médicales nuisent à leur état de fatigue et de santé. À cause du rythme incessant, ils doivent tenir sans jour de repos, sans récupération et avec moins de congés. Le manque de visibilité sur leur planning affecte aussi grandement la vie de famille.


Au début de la seconde vague :


* 57% des infirmiers déclaraient être en situation d’épuisement professionnel depuis le début de la crise sanitaire (contre 33% auparavant)

* 48% d’entre eux considéraient que cela avait un fort risque d’impact sur la qualité des soins

* 37% estiment que la crise sanitaire leur a donné envie de changer de métier

* 43% ne savent pas s’ils seront toujours infirmiers dans 5 ans


En fin de 3ème vague de l’épidémie, le moral des troupes est au plus bas à cause de la fatigue accumulée. Pour la première fois au mois de février 2021, des infirmières ont posé des arrêts maladie d’épuisement.


Depuis le début de la pandémie, les procédures de démission et de mise en disponibilité se sont accélérées. Elles concernent principalement des infirmières. Certaines d’entre elles se voient même refuser une rupture conventionnelle, faute de remplaçant.


La situation des équipes soignantes en France est très préoccupante. Il convient de trouver des solutions urgentes pour diminuer leur souffrance au travail et ainsi, éviter des démissions en cascade. Lors de la première vague, 80% des infirmiers disaient être en souffrance professionnelle et 40% estimaient pouvoir nécessiter d’un soutien psychologique. On peut raisonnablement penser que ces chiffres ont encore augmenté lors de la troisième vague.


Or, la pression sur les hôpitaux ne devrait pas diminuer prochainement. Il va falloir accélérer toutes les opérations déprogrammées à cause du Covid, avec des équipes abattues.

À plus long terme, il faut également renforcer l’attractivité des professions médicales, notamment des infirmiers. Avec 34 000 postes vacants à la rentrée 2020, la dégradation des conditions de travail fait courir le risque de voir toujours plus de professionnels jeter leur blouse.


Une récente enquête de la Fédération hospitalière de France menée auprès de 300 établissements recensait plus de 10 000 départs, démissions, retraites et fins de contrat d’infirmiers et d’aide-soignants.


L’application Timelink est dédiée aux établissements de santé. Elle permet une traçabilité des soins en temps réel, une détection des situations à risque et un meilleur partage des données (patient-famille-soignant). Cet outil collaboratif permet de décharger les professionnels de santé des tâches administratives. Grâce à la contribution du patient, les équipes médicales gagnent un temps précieux qu’elles peuvent consacrer aux soins de leurs patients.


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Sources rédactionnelles :

https://www.actusoins.com/338012/covid-19-57-des-infirmiers-declarent-etre-en-situation-depuisement-professionnel.html

https://france3-regions.francetvinfo.fr/grand-est/meurthe-et-moselle/nancy/covid-19-demissions-en-serie-des-infirmieres-a-l-hopital-apres-la-crise-sanitaire-on-va-affronter-une-crise-sociale-2034976.html

https://www.actusoins.com/346596/par-temps-de-covid-un-nouveau-relationnel.html

https://www.lesechos.fr/politique-societe/societe/covid-plus-de-la-moitie-des-infirmiers-en-situation-depuisement-professionnel-1254514

https://www.leparisien.fr/societe/materiel-manquant-sentiment-de-delaissement-peur-pour-les-patients-le-mal-etre-des-infirmiers-10-04-2020-8297745.php


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